À l’approche de la saison des pluies, la pression s’accentue sur le marché locatif de N’Djaména. Entre la menace récurrente d’inondations dans plusieurs quartiers périphériques et une demande structurellement supérieure à l’offre, trouver un logement décent relève du parcours du combattant. Ce contexte de pénurie favorise le développement d’un phénomène spéculatif et frauduleux : les escroqueries aux « frais de visite », orchestrées par des intermédiaires informels.
En l’absence d’un réseau structuré d’agences immobilières légales, de nombreux jeunes diplômés ou désœuvrés s’improvisent démarcheurs. Ils parcourent la capitale à la recherche de chambres, de villas ou de concessions pour le compte de clients. Si cette activité de courtage pallie un manque de structures officielles et offre une source de revenus dans un contexte de chômage endémique, elle s’exerce aujourd’hui en dehors de tout cadre réglementaire.
Une absence de régulation qui donne lieu à de nombreuses dérives, comme en témoignent plusieurs victimes. Le mode opératoire est souvent similaire : les démarcheurs exigent le paiement préalable d’une somme allant de 5 000 à 10 000 FCFA pour organiser une visite. Sur place, les clients constatent régulièrement que le bien ne correspond pas aux critères convenus, qu’il est déjà occupé, voire inexistant. Plus grave encore, des cas de doubles loyers ou d’avances encaissées avant la disparition subite de l’intermédiaire sont fréquemment rapportés. Selon le sociologue et consultant Mbeté Nangmbatnan Félix, ce phénomène est le symptôme direct de la précarité de la jeunesse, mais il est aussi alimenté par un sentiment d’impunité qui prévaut au sein du secteur informel.
Face à la multiplication de ces litiges, les professionnels du droit et les associations de consommateurs appellent à la plus grande vigilance. Les spécialistes recommandent d’exiger systématiquement un reçu signé, de refuser les frais de visite non réglementés et de procéder à des vérifications directes auprès du propriétaire légitime avant tout versement. L’authentification des baux par les autorités administratives ou notariales reste le moyen le plus sûr de sécuriser les transactions. Alors que la crise du logement risque de s’aggraver avec l’installation de l’hivernage, urbanistes et observateurs s’accordent sur l’urgence d’assainir le secteur.
Pour protéger les locataires, la transition vers un encadrement strict des professions immobilières apparaît désormais indispensable dans la capitale tchadienne.


