Le bon déroulement du troisième Recensement Général de la Population et de l’Habitation (RGPH-3) vacille sous le poids de dysfonctionnements logistiques et managériaux majeurs. Entre déficit de communication, failles techniques et grogne des agents recrutés, l’Institut National de la Statistique, des Études Économiques et Démographiques (INSEED) traverse une zone de fortes turbulences qui menace la crédibilité même de cette opération d’envergure nationale.
La publication, le 27 mai dernier, de la liste des agents recenseurs retenus a marqué le début d’un véritable casse-tête pour les candidats. Dans plusieurs provinces et départements du pays, le manque de canaux d’information officiels et centralisés plonge les équipes de terrain dans l’incertitude la plus totale. Faute d’orientations claires sur le calendrier et les sites retenus pour les sessions de formation, de nombreux agents en sont réduits à multiplier les va-et-vient fastidieux et coûteux entre les différentes sous-préfectures.
À cette désorientation s’ajoute un problème technique de taille : des erreurs manifestes dans la base de données de l’INSEED. Plusieurs agents, pourtant officiellement présélectionnés, ont eu la mauvaise surprise de constater l’absence de leur nom sur les listes physiques une fois arrivés sur les lieux de formation. Dans un contexte socio-économique marqué par le chômage des jeunes, ces déplacements infructueux, entièrement financés par les candidats eux-mêmes et non compensés par l’institution, accentuent le sentiment de frustration et de précarité.
La colère ne se limite plus aux couloirs des administrations locales. Dans certaines provinces, des mouvements de contestation commencent à se faire entendre ouvertement sur des vidéos circulant sur les réseaux sociaux. Au cœur des revendications, les contestataires dénoncent le montant jugé dérisoire des rémunérations et des frais de formation alloués aux agents de terrain. Ce climat de tension fait peser un risque réel d’effet tache d’huile, la grogne étant susceptible de s’étendre rapidement aux autres provinces du pays si aucune réponse concrète n’est apportée.
Face à ce mauvais départ, la question de la responsabilité de l’INSEED se trouve inévitablement posée, l’institut étant l’organe chargé de cette opération. Une réévaluation urgente de la stratégie organisationnelle dans le cadre du RGPH-3 semble s’imposer. Si le tir n’est pas rectifié rapidement pour apaiser les tensions et fiabiliser la logistique, ces défaillances initiales risquent de démotiver les agents collecteurs, de perturber le calendrier des opérations et, à terme, de biaiser la qualité des données démographiques recueillies. Pour une opération censée orienter les politiques de développement du pays sur la prochaine décennie, l’erreur n’est plus permise.


