Le Syndicat des Enseignants du Tchad (SET) a récemment annoncé la suspension de son mouvement de grève pour une durée de deux semaines. Ce dégel offre un répit salutaire au secteur éducatif après plusieurs semaines de paralysie, mais cette décision, bien que perçue comme un geste de bonne volonté, soulève de profondes interrogations sur la stabilité de l’année scolaire.
Dans les rangs des enseignants, cette suspension est accueillie avec un mélange d’espoir et de scepticisme. Pour le bureau national du SET, il s’agit d’une manœuvre stratégique visant à écarter le spectre d’une « année blanche ». En rouvrant les salles de classe, le syndicat renvoie habilement la balle dans le camp des autorités, leur laissant quatorze jours pour traduire leurs promesses en actes concrets.
Malgré ce cessez-le-feu social, les griefs des enseignants restent intacts. Le cahier de revendications demeure sur la table : paiement intégral des arriérés de primes, amélioration substantielle des conditions de travail et respect scrupuleux des protocoles d’accord signés précédemment. Pour la base, le temps des simples engagements verbaux est révolu.
Pour les ministères de l’Éducation nationale et des Finances, ces deux semaines ressemblent à une course contre la montre. Le gouvernement fait face à un double défi : mobiliser les liquidités nécessaires pour désamorcer la crise, restaurer la confiance auprès d’un corps enseignant qui exige désormais des preuves de virement bancaire pour désarmer durablement.
Quelles perspectives pour l’après-trêve ?
À l’issue de cette quinzaine, deux scénarios se dessinent. Soit le gouvernement parvient à débloquer une partie des fonds avec un calendrier de paiement crédible, ouvrant la voie à une levée définitive du mot d’ordre. Soit les négociations s’enlisent, et le SET reprendra son mouvement, rendant le rattrapage des programmes scolaires techniquement illusoire.
Cette crise met en lumière la fragilité du pacte social au Tchad. Si cette suspension est une victoire temporaire pour les parents d’élèves, elle ne soigne pas les maux structurels d’un système éducatif chroniquement sous-financé. Le gouvernement dispose désormais de peu de temps pour prouver que l’éducation est une priorité nationale et non une simple variable d’ajustement budgétaire. L’avenir de la jeunesse tchadienne reste suspendu à l’issue de ce bras de fer.


