À Digangali, la tension est à son comble. Les habitants, déjà éprouvés par des déplacements successifs, dénoncent ce qu’ils qualifient de spoliation massive de leurs terres au profit d’un certain Alhadj H. et de 72 autres plaignants. Entre décisions de justice contestées et crainte d’expulsions, la communauté appelle à l’arbitrage immédiat du Chef de l’État.
Les résidents de Digangali ne sont pas des nouveaux venus par hasard. Ils sont, pour la plupart, des déplacés de quartiers tels que Gardolé, Walia, Guinebore ou Sabangali. Leurs terres d’origine avaient été cédées pour des projets d’utilité publique majeurs tels que l’Hôpital de la Mère et de l’Enfant, l’Hôpital Le Bon Samaritain ou encore l’Hôtel Radisson Blu. Réinstallés à Digangali, ils pensaient avoir trouvé une stabilité aujourd’hui menacée.
Au cœur de la discorde se trouve l’arrêt civil numéro 42. Cette décision de justice octroierait des droits de propriété à Alhadj et ses co-plaignants sur une superficie colossale de 196 hectares. Pourtant, les habitants pointent une incohérence flagrante : le titre foncier 43-28 ne couvrirait, selon eux, que 2 hectares (20 000 m²) répartis sur 48 lots. « Comment passe-t-on de 2 à 196 hectares ? », s’interroge un riverain. La complicité présumée de certains huissiers dans l’exécution de cette décision ne fait qu’accentuer le sentiment d’injustice.
Face à ce qu’ils considèrent comme une « expropriation sauvage », les chefs de village et les ayants droit ont décidé d’interpeller directement le Chef de l’État, Mahamat Idriss Déby, ainsi que les ministres de la Justice et de l’Aménagement du territoire. Ils exigent la mise en place d’une commission d’enquête indépendante pour : délimiter strictement les 20 000 m² initialement prévus par la justice ; auditer la légitimité des titres de propriété brandis par la partie adverse ; protéger les droits des résidents contre des manœuvres judiciaires jugées abusives.
Le climat social à Digangali est désormais électrique. Les témoignages recueillis sur place traduisent un désespoir qui pourrait basculer dans la violence. « Nous n’accepterons pas de céder nos propriétés, à moins que la mort ne nous emporte », prévient un habitant. Sans une intervention rapide des autorités pour clarifier la situation foncière, le quartier Digangali craint de devenir le théâtre de heurts tragiques.


