N’Djamena – Une scène inhabituelle et tendue s’est produite en fin de matinée du 9 novembre 2024 à Sabangali, dans le 3ᵉ arrondissement de la capitale. Une jeune femme, Haoua, a été discrètement exfiltrée d’un salon de beauté par son oncle et sa tante afin d’échapper à un mariage forcé organisé par une partie de sa famille sans son consentement.
Un retour au pays qui vire au piège
Installée en France depuis plusieurs années, Haoua était rentrée au Tchad pour de simples vacances. Avant son décès, son père avait accepté la demande en mariage d’un de ses cousins, une idée qu’elle avait toujours rejetée.
« Elle avait clairement dit qu’elle ne voulait pas de ce mariage. Nous pensions que tout cela était fini avec la mort de son père, mais une partie de la famille a profité de son retour pour tout organiser en secret », confie son oncle.
Selon plusieurs témoignages, dès son arrivée, les familles maternelle et paternelle auraient accéléré les préparatifs du mariage, sans jamais consulter la principale concernée. Haoua aurait même été retenue de force pendant plusieurs jours, dans le but d’empêcher toute opposition.

Une “mise en beauté” imposée avant la cérémonie
Le 9 novembre, Haoua aurait été emmenée de force dans un salon de beauté à Sabangali pour des préparatifs en vue de la cérémonie prévue le soir même.
« Elle était nerveuse et en larmes. Elle avait été conduite de force au salon pour être préparée pour un mariage qu’elle refusait », raconte son oncle.
Un sauvetage aussi discret que déterminant
Alertés par des proches, l’oncle et la tante de la jeune femme, opposés à ce mariage forcé, ont décidé d’intervenir. Prétextant une arrestation imaginaire de la gérante du salon dans le cadre d’une affaire en cours, ils ont réussi à sortir Haoua discrètement du salon et à la mettre en sécurité.
Son billet d’avion a ensuite été modifié en urgence, ce qui lui a permis de prendre un vol pour la France les jours suivant.
« Heureusement, elle a pu retourner dans un pays où sa dignité sera respectée. Sinon, elle serait aujourd’hui mariée contre son gré. Beaucoup de jeunes filles vivent ce drame en silence au Tchad », déplore son oncle.
Mariage forcé : un crime puni par la loi au Tchad
Cette affaire remet une fois de plus en lumière la pratique persistante du mariage forcé dans certaines familles, alors même que la loi tchadienne l’interdit formellement.
Le Code pénal tchadien punit :
• Toute tentative de mariage sans consentement libre,
• Toute forme de séquestration, pression ou contrainte visant à imposer un mariage,
• Les auteurs, complices et instigateurs, y compris les membres de la famille.
Ces infractions peuvent entraîner des peines d’emprisonnement et de lourdes amendes.
Les organisations de défense des droits des femmes rappellent que le consentement libre des époux est une exigence fondamentale, conforme également aux engagements internationaux du Tchad, notamment la CEDEF.
Un appel au renforcement des protections
Encore bouleversé, l’oncle de Haoua lance un appel appuyé :
« Je souhaite que les autorités renforcent la protection des filles et des femmes. Ma nièce a eu la chance d’être sauvée, mais combien d’autres n’ont pas cette opportunité ? Le mariage doit être une décision personnelle, pas un arrangement familial. »
Cette affaire relance le débat sur la nécessité de renforcer la sensibilisation, de mieux protéger les victimes potentielles et d’assurer l’application stricte des lois contre les mariages forcés au Tchad.

