Le crépitement des claviers s’estompe, mais celui des polémiques enfle au Burundi, où deux journalistes croupissent encore derrière les barreaux sur fond d’accusations jugées aussi floues que pesantes. Alors que la journaliste Sandra Muhoza vient d’être notifiée de son maintien en détention, et que son confrère Kenny Claude Nduwimana demeure dans les cachots du Service national de renseignement depuis fin octobre, le président burundais Évariste
Ndayishimiye les exhorte désormais à « officialiser une demande de pardon ».Interpellé lundi par des reporters à Bujumbura, le chef de l’État a rappelé que « la voie est connue », évoquant l’exemple de Floriane Irangabiye, graciée le 14 août 2024 après plus d’un an passé en prison.
Une référence qui, loin d’apaiser les esprits, ravive plutôt les inquiétudes : faut-il ployer l’échine pour espérer la liberté dans un paysage médiatique déjà sous tension ?Le cas de Sandra Muhoza, arrêtée en mars 2024 puis condamnée en décembre à 21 mois d’emprisonnement pour un message partagé dans un groupe WhatsApp, illustre cette crispation.
Transférée de Bujumbura à la prison de Ngozi, la journaliste du média indépendant La Nova Burundi est devenue, malgré elle, l’un des symboles d’une presse sous pression. Ses avocats dénoncent des accusations « floues » et « politiquement motivées », notamment l’atteinte à « l’image du Burundi » et une prétendue « aversion ethnique ».
Son maintien en détention, confirmé après une audience tenue le 19 novembre, est jugé « injustifié » et « illégal ».Quant à Kenny Claude Nduwimana, son retrait de la prison centrale de Mpimba pour être placé dans les geôles du SNR ajoute une couche de mystère à une affaire déjà sensible.
Entre zones d’ombre judiciaires, discours présidentiel invitant à la repentance et interrogations croissantes de la société civile, le débat sur la liberté de la presse au Burundi se retrouve plus incandescent que jamais, reflet d’un pays où chaque mot peut désormais peser lourd dans la balance de la justice.


