Malgré son interdiction, la boisson frelatée en sachet, communément appelée « Abléda » ou « Nguerek », continue d’envahir les coins et recoins de N’Djamena. Vendue à 50 ou 100 Fcfa, elle séduit particulièrement les jeunes, attirés par son prix dérisoire.
Dans presque toutes les villes du pays, le « Nguerek » alimente conversations et inquiétudes. Manœuvres, dockers, pousseurs ou encore travailleurs des briqueteries jurent que cette liqueur est un fortifiant. Selon eux, elle donnerait l’endurance nécessaire pour tenir de longues heures de labeur.
Mais les spécialistes de la santé, eux, tirent la sonnette d’alarme : cette boisson détruit rapidement l’organisme, rongant silencieusement ceux qui la consomment, avertit un médecin. Plusieurs décès liés à la consommation de ce produit frelaté ont d’ailleurs été signalés. Beaucoup de jeunes adeptes présentent des visages déformés, certains semblant même plus âgés que leur âge réel.
Ce dimanche 30 novembre 2025, aux alentours de 10h, un groupe de jeunes, installés à l’entrée en face de l’échangeur du marché de Dembé, discute avec une vendeuse de ces sachets prohibés. Juste à côté, des stocks entiers s’entassent dans des sacs, cartons, bassins et seaux. Un peu plus loin, d’autres jeunes, visiblement épuisés, se font servir la liqueur dans des bidons en tangui.
Le débat qu’ils entretiennent est stérile, chacun campant sur ses certitudes. Une vendeuse confie qu’elle nourrit ses enfants grâce à ce commerce.Une autre raconte que police et douanes les laissent parfois tranquilles, mais que lorsqu’elles interviennent, les sanctions sont lourdes. Arrêtée une fois, elle dit avoir passé trois jours en cellule, son stock ayant été vendu par les autorités. Certaines commerçantes exhibent même les traces de chicottes reçues lors d’interpellations.
Une vendeuse admet que le produit tue les jeunes, mais confesse son désarroi : elle ne sait comment survivre autrement. Alice, grossiste au marché de Dembé, affirme que les produits saisis par les policiers réapparaissent dans d’autres villes du pays.Un consommateur invétéré de « léda » reconnaît sa nocivité, mais dit être incapable de passer une journée sans en boire. Une réalité paradoxale, d’autant plus que ce commerce interdit semble, malgré tout, continuer de générer des taxes officieuses.


