Le Forum sur le Plan National de Développement (PND) marque une étape essentielle pour le Tchad, mais selon Edgard Djimhotengar Djerassem, le vrai PND commencera après. Une fois les investisseurs partis dans leurs sièges respectifs, chacun décidera s’il concrétise ou non les promesses faites. C’est à ce moment que le pays sera réellement évalué sur sa capacité à transformer les intentions en actes concrets et crédibles.
Le Tchad dispose pourtant d’un potentiel économique immense. Son ensoleillement exceptionnel ouvre la voie à une filière solaire complète – de la production de panneaux à la maintenance. L’agriculture, encore dépendante des importations, recèle d’énormes possibilités pour l’agro-industrie. L’élevage, pilier de l’économie rurale, pourrait devenir un levier majeur à travers les fermes intégrées, la tannerie et la maroquinerie. Sans oublier le verre, l’immobilier, le tourisme et les télécommunications, autant de domaines stratégiques pour la diversification économique.
Mais avant de s’engager, les investisseurs chercheront à comprendre pourquoi les anciens PND ont échoué. Ils examineront le climat des affaires, les risques politiques, la gouvernance économique et la stabilité sociale. Ces éléments constituent ce qu’on appelle le risque pays, un indicateur déterminant dans toute décision d’investissement. Si les réponses sont négatives, les investisseurs signeront des protocoles d’accord par politesse, puis disparaîtront discrètement.
Pour Edgard Djimhotengar, soutenir le PND, c’est avant tout agir pour que les réponses à ces questions soient positives. Cela suppose des réformes fortes et courageuses. Le Tchad doit montrer qu’il a tiré les leçons des précédents plans : il faut présenter des projets viables, rentables, appuyés sur des études solides et alignés avec les potentialités régionales. Il ne s’agit plus de satisfaire des considérations politiques, mais d’agir selon les avantages économiques réels du territoire.
L’environnement des affaires doit également être assaini. Trop souvent, des projets bénéfiques sont bloqués par des intérêts particuliers ou des pratiques corruptives. Le pays doit instaurer un mécanisme rigoureux de suivi des permis, garantir la transparence dans les décaissements, et imposer des audits réguliers. Les investisseurs doivent avoir la certitude que chaque franc injecté sert le projet pour lequel il est destiné.
Sur le plan institutionnel, Edgard appelle à un contrôle accru dans la gestion des grands projets, en particulier ceux des infrastructures. Il recommande d’élargir les prérogatives de l’AILC pour assurer un suivi rapproché et régulier. De même, la rigueur budgétaire et la bonne gestion des recettes fiscales sont essentielles pour renforcer la confiance des bailleurs de fonds, qui examineront la capacité du Tchad à honorer ses engagements.
L’aspect politique et social constitue un autre pilier majeur. Pour attirer les investissements, le pays doit décrisper son climat politique et garantir la stabilité. La libération des acteurs politiques majeurs et la prévention des conflits intercommunautaires sont, selon lui, des signaux forts. Il propose également la création d’un observatoire citoyen du PND, composé d’intellectuels et d’experts indépendants, pour suivre en toute transparence la mise en œuvre du plan et alerter sur les dérives.
Enfin, Edgard insiste sur le rôle du secteur privé local. Le Tchad doit valoriser ses entrepreneurs, créer un écosystème favorable et encourager des pactes PME pour les intégrer aux chaînes de valeur. Ce n’est qu’en dynamisant le tissu économique local que le PND pourra produire des effets durables. En somme, la réussite du PND ne se mesure pas à la cérémonie d’ouverture ni aux discours, mais à l’après-forum : aux actes concrets, à la transparence, et à la sincérité de l’engagement collectif.


