Condamnée à douze mois de servitude pénale avec sursis pour avoir diffusé des photos en uniforme sur les réseaux sociaux, l’adjudante Sarah Ebabi Bongoma Koli est devenue, bien malgré elle, le visage d’un débat national sur la place des femmes dans l’armée et les limites du devoir militaire à l’ère numérique.
À Kinshasa, la réaction n’a pas tardé. La militante féministe Grace Shako a fustigé une justice « plus prompte à juger l’apparence qu’à défendre la compétence ». « Dix ans de servitude pénale, c’est de trop, » a-t-elle écrit sur X, rappelant que la peine initialement requise frôlait l’absurde. Pour elle, Sarah n’a ni trahi la Nation, ni compromis la sécurité de l’État : « C’est une faute disciplinaire, pas un crime. Une sanction juste doit corriger sans détruire. »
Ces mots, repris par des centaines d’internautes, ont trouvé un écho particulier dans un pays où la visibilité des femmes en uniforme demeure un sujet sensible. Grace Shako va plus loin : « On ne peut pas encourager les femmes à rejoindre les forces armées tout en les exposant à la stigmatisation dès qu’elles apparaissent en public. »
L’affaire prend ainsi une tournure symbolique : celle d’une tension persistante entre la rigueur militaire et la reconnaissance du droit à la dignité personnelle. Car si le règlement militaire interdit la publication d’images en uniforme sans autorisation, la défense de Sarah a plaidé la bonne foi – les vidéos ayant été mises en ligne par le photographe, sans son aval.
Le tribunal militaire de Kinshasa-Gombe a finalement retenu une condamnation avec sursis, reconnaissant la faute sans l’emprisonnement. Un jugement perçu par certains comme un compromis entre la discipline et la compassion.Les faits remontent au 19 octobre 2025, lorsque Sarah Ebabi, adjudante des FARDC depuis plus de dix ans, posait en tenue de gala aux côtés de son fiancé dans un studio de Matonge.
Les clichés, censés rester privés, se sont retrouvés sur TikTok, déclenchant un emballement médiatique et la réaction immédiate de la hiérarchie militaire.En conclusion, la phrase de Grace Shako – devenue virale – résume à elle seule le malaise : « La justice sans humanité devient injustice ». Et dans cette affaire, plus que la faute, c’est la question du regard porté sur les femmes en uniforme qui interroge la conscience collective congolaise.


