À Dar es Salaam et à travers tout le pays, le nom de Samia Suluhu Hassan résonne comme un écho contrasté : celle que beaucoup voyaient comme une femme douce et compétente, capable d’adoucir la main de fer de son prédécesseur, se retrouve aujourd’hui au cœur d’une controverse qui secoue la scène politique tanzanienne. À 65 ans, la présidente se présente pour consolider sa magistrature suprême, mais ses méthodes sont désormais scrutées et critiquées.
Depuis son accession à la présidence en mars 2021, après la mort soudaine de John Magufuli, Mme Hassan a tenté de projeter l’image d’une dirigeante mesurée et respectueuse de la Constitution. Pourtant, à l’approche des élections législatives et présidentielle de ce mercredi, plusieurs figures de l’opposition ont été arrêtées, empêchées de se présenter, ou ont disparu. Des ONG comme Amnesty International dénoncent une véritable « vague de terreur » et des violations systématiques des droits humains.
Née à Zanzibar dans une famille modeste, Samia Suluhu Hassan a gravi tous les échelons : de la fonction publique locale aux ministères nationaux, avant de devenir vice-présidente puis cheffe de l’État. Ses années à la tête du pays révèlent une stratégie de pouvoir où la prudence, la fermeté et la paranoïa se côtoient, dans un contexte de société patriarcale et d’appareil politique encore dominé par les alliés de l’ancien président.
Alors que les regards du monde se tournent vers la Tanzanie, la question demeure : la présidente saura-t-elle concilier sa promesse d’honnêteté et de justice avec l’impératif de maintenir son pouvoir ? Dans ce pays d’Afrique de l’Est, la démocratie semble marcher sur un fil, fragile et tendu, sous le regard impitoyable de l’histoire et des électeurs.


