Suite à un document consulté par notre rédaction, le gouvernement tchadien a mis fin, avec effet immédiat, à tous les accords de gestion et de financement des aires protégées conclus avec l’organisation African Parks Network (APN).
Cette décision, datée du 6 octobre 2025 et signée par le ministre de l’Environnement, de la Pêche et du Développement durable, Hassan Bakhit Diamous, marque la rupture d’un partenariat de plus de quinze ans autour de la préservation du Parc national de Zakouma et de la Réserve naturelle et culturelle de l’Ennedi.
Des partenariats anciens remis en cause
Le Tchad avait confié depuis 2010 à African Parks Network la gestion déléguée du Parc national de Zakouma, étendue en 2017 à l’ensemble du Grand Écosystème Fonctionnel de Zakouma (GEFZ). Un second accord, signé la même année, concernait la Réserve naturelle et culturelle de l’Ennedi (RNCE).
Ces partenariats visaient à renforcer la conservation, lutter contre le braconnage et promouvoir un développement durable au bénéfice des communautés locales. Mais selon la correspondance officielle adressée au siège d’APN à Johannesburg, ces accords « ont perdu leur raison d’être » face à « une accumulation de manquements graves » constatés par les autorités tchadiennes.
Des accusations de braconnage, de mauvaise gestion et d’opacité financière
Le document consulté par Tribune Échos dresse un constat alarmant : « recrudescence du braconnage », « manque cruel d’investissements », « gestion unilatérale » et « attitude irrévérencieuse » envers les autorités nationales.
Le ministère évoque notamment la mort de plusieurs dizaines de girafes, buffles, bubales et de trois rhinocéros au premier trimestre 2025, dont deux victimes du braconnage et un autre décédé lors d’une opération de pose de collier jugée non professionnelle.
Plus grave encore, le gouvernement accuse l’ONG de « fuite de capitaux », d’« existence de comptes offshore » et de « perception illégale de recettes touristiques » au détriment du Trésor public. Autant de violations considérées comme contraires aux engagements pris dans les conventions de 2010 et 2017.
Rupture immédiate et départ du personnel étranger
Face à ces manquements, le Tchad a décidé de « la résiliation pure et simple » des accords et ordonné « la rétrocession immédiate de tous les biens, équipements et matériels » des aires protégées concernées. Le personnel expatrié d’African Parks Network dispose de quatorze jours pour quitter le territoire national.
Cette décision marque un tournant majeur dans la politique de conservation du Tchad, qui entend désormais « reprendre en main » la gestion de ses écosystèmes et garantir une « gouvernance transparente et souveraine » de ses richesses naturelles.
Une page se tourne dans la coopération environnementale tchadienne. Une page que le gouvernement promet de réécrire avec « des partenaires réellement respectueux des intérêts du pays ».


