À chaque sommet international consacré à l’Afrique, les caméras capturent des sourires, des poignées de main et des discours prometteurs. Mais derrière cette mise en scène, une question persiste : pourquoi l’avenir du continent continue-t-il à être débattu dans des capitales étrangères plutôt qu’en Afrique même ?
Qu’il s’agisse de la TICAD au Japon, du Forum sino-africain à Pékin ou du Sommet France-Afrique, la tendance reste la même : plus de cinquante chefs d’État africains se déplacent à l’étranger pour négocier leur destin collectif, donnant l’image de partenaires en quête d’approbation plutôt que de véritables décideurs.
Une décision de l’Union africaine ignorée
Pourtant, en 2020, l’Union africaine avait déjà tranché : seule une délégation restreinte devait représenter le continent lors de ces rencontres extérieures, afin de réduire les coûts et d’affirmer l’unité africaine.
Mais cette règle est restée lettre morte. Les présidents continuent de voyager en masse vers Tokyo, Paris ou Washington, souvent avec plus d’ardeur que pour les réunions de l’UA à Addis-Abeba. Résultat : fragmentation, dilution du poids diplomatique et crédibilité entamée.
Des promesses ponctuelles plutôt que des projets structurants
Les partenariats annoncés lors de ces sommets produisent rarement des avancées profondes. Un prêt par-ci, quelques bourses d’études par-là… Ces engagements, bien que utiles, ne répondent pas aux besoins de transformation structurelle du continent.
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L’Agenda 2063, qui prône une Afrique intégrée, industrialisée et souveraine, peine à s’imposer face à une logique de gains immédiats. L’absence de projets panafricains majeurs – corridors de transport, réseaux énergétiques, zones industrielles communes – fragilise la Zone de libre-échange continentale et empêche l’Afrique de parler d’une seule voix.
Reprendre l’initiative sur le sol africain
Le moment est venu de changer de cap. Les dirigeants africains doivent mettre en œuvre leur propre conférence géopolitique, en Afrique, pour définir une stratégie commune face aux mutations mondiales. Plutôt que de courir derrière des promesses étrangères, ils doivent investir dans leurs propres ressources, renforcer la coopération Sud-Sud et placer la jeunesse et la société civile au cœur des décisions.
L’avenir de l’Afrique ne peut plus être négocié ailleurs. Tant que ce pas décisif ne sera pas franchi, chaque sommet à l’étranger rappellera que le destin du continent reste suspendu à des accords conclus hors de ses frontières.


