À l’approche des élections de 2025, le passé du Burundi devient un enjeu central des discours politiques. Les leaders exploitent les blessures historiques pour mobiliser leur électorat, attisant divisions et tensions. Cette instrumentalisation suscite des appels à une mémoire apaisée et une dénonciation des manipulations partisanes.
Les tragédies cycliques qui ont marqué le pays, notamment celles de 1972 et 1993, sont souvent utilisées comme leviers électoraux. Olivier Nkurunziza, président de l’Uprona, met en garde contre cette manipulation : « On ne peut pas oublier l’Histoire, mais elle ne doit pas justifier les tensions actuelles. » Il prône une Commission Vérité et Réconciliation (CVR) impartiale pour établir un récit partagé et favoriser la réconciliation.
Une Histoire biaisée, un danger pour l’avenir
Gaspard Kobako, président de l’AND-Intadohoka, insiste sur l’importance d’un enseignement historique fidèle. Il estime que l’instrumentalisation du passé par certains politiciens alimente un cycle dangereux de divisions. « Quand les jeunes n’ont pas une version commune de leur Histoire, cela devient une bombe à retardement », alerte-t-il.
Kefa Nibizi, du parti Codebu, suggère une restructuration de la CVR et l’intégration de l’unité nationale dans les programmes scolaires. Il plaide pour un programme national de détraumatisation afin d’aider les victimes à guérir des blessures du passé.
L’éducation, clé de la réconciliation
Les partis politiques reconnaissent leur rôle dans la transmission d’une mémoire apaisée. L’Uprona encourage les jeunes à s’inspirer de figures historiques positives comme le prince Louis Rwagasore. De son côté, l’AND-Intadohoka organise des formations contre les discours de haine.
Stéphane Hitimana et d’autres jeunes dénoncent cependant la récupération historique par certains partis. « Les événements de 1972, 1993 et la crise de 2015 sont instrumentalisés pour asseoir un pouvoir », regrettent-ils.
Vers une vérité historique scientifique
L’historien Émile Mworoha alerte sur les dangers d’une Histoire façonnée par des intérêts politiques. Il appelle à une recherche scientifique rigoureuse, basée sur des preuves tangibles, afin d’éviter les récits biaisés. « L’historien doit rechercher la vérité, même si elle dérange », conclut-il.
Alors que le Burundi se prépare aux élections, la nécessité d’un récit historique impartial et partagé devient un enjeu crucial pour éviter que l’Histoire ne continue d’être une source de divisions.
Yenga Fazili wã BIREGEYA, Correspondant en Afrique de l’Est et Centrale